Retour à la nature - La faune canadienne et l’évolution des mentalités
Un homme vêtu de cuissardes sort de l'eau des spécimens qu'il mettra dans un seau aux fins d'analyse.

L’ignorance n’est pas une bénédiction

Tout au long de l’histoire moderne, les scientifiques ont scruté les rapports écologiques complexes au sein du monde naturel. Au XXe siècle, nous en avions appris suffisamment pour éprouver un respect sans précédent à l’égard de notre monde. Nous avons commencé à voir beaucoup plus qu’une source de nourriture ou de matières premières. Au milieu des années 1980, cette nouvelle façon de voir a été mise de l’avant par un rédacteur du Canadian Geographic qui citait le naturaliste américain de renom, Aldo Leopold, pour qui le summum de l’ignorance était représenté par un homme qui, d’un animal ou d’une plante, se demandait à quoi il pouvait servir.

Effets des sciences et des connaissances sur les espèces locales

En dépit de tous ces progrès, la voie qui mène de l’étude scientifique à une nouvelle attitude de la part du public n’est pas toujours clairement tracée. Les articles des revues scientifiques et les résultats obtenus en laboratoire ne semblent pas avoir beaucoup à voir avec le devenir des espaces naturels. Ce problème peut cependant être résolu en transformant certains de ces espaces en laboratoires vivants, comme l’ont fait des chercheurs dans le nord-ouest de l’Ontario. Pêches et Océans Canada a réservé 58 petits lacs dans une zone située à proximité des frontières avec le Manitoba et le Minnesota pour la réalisation d’une étude de longue durée.

Nommée la Zone des lacs expérimentaux, cette initiative a attiré l’attention internationale à titre de tentative sortant de l’ordinaire pour l’étude de la façon dont la pollution ou d’autres facteurs modifient les conditions de la vie dans tout un plan d’eau. Les résultats obtenus ont déjà montré comment ces environnements aquatiques peuvent être sensibles même aux plus faibles variations de l’acidité ou de la contamination par le phosphate.

Les réserves écologiques, où les intrusions humaines sont réduites afin de créer des refuges pour les plantes et les animaux, constituent un autre type de laboratoire d’étude à grande échelle. L’une de ces réserves présentée dans le magazine englobe toute la zone de l’île Triangle située au large de la pointe nord de l’île de Vancouver. Des chercheurs y dénombrant les oiseaux en 1977 ont trouvé quelque 360 000 couples reproducteurs de stariques de Cassin. À cette époque, ces couples représentaient 40 pour 100 environ de la population mondiale totale, et ce dénombrement constitue une statistique vitale pour l’évaluation de la survie de cette espèce.

Rétrospective du Canadian Geographic

Acid rain fighter (en anglais seulement)

(L’ennemi des pluies acides)
Par Peter Gorrie
Octobre – novembre 1986

Cet article, qui compte parmi les plus notables sur le thème des sciences et des connaissances, est un profil d’Harold Harvey, un homme qui n’aspirait qu’à devenir ichtyologiste, mais qui est devenu le symbole de la lutte contre les pluies acides.

L’article de Peter Gorrie « Acid rain fighter » est paru dans le numéro d’octobre-novembre 1986. On y relate la carrière d’Harold Harvey et ses premières tentatives d’étudier les poissons d’un lac en Ontario. Ne les trouvant pas, il rechercha les causes de leur disparition et cela le mena aux pluies acides. Il faisait remarquer que la découverte d’une perturbation dans l’environnement était un message important.

Les premières préoccupations à l’égard des précipitations acides de pluie et de neige soulevées au cours des années 1960 et 1970 étaient perçues comme d’un alarmisme farfelu, mais H. Harvey a été en mesure de transformer l’enjeu des menaces environnementales en une argumentation bien étayée grâce à ses connaissances scientifiques bien fondées et à son impressionnante capacité de communicateur, ce qui lui a permis de faire comprendre la situation à la population.

Au début de ses études, Harvey ne disposait pas de données à accès immédiat sur les régimes climatiques que l’on pouvait tenir pour acquis en 1986. Mais on savait cependant certaines choses sur les pluies acides, comme le fait que la composition de certains lacs leur donnait un plus grand pouvoir tampon que d’autres de sorte qu’ils pouvaient neutraliser l’acidité des précipitations acides. Ces lacs se caractérisaient par des fonds et des rives où la roche contenait des carbonates ou du calcaire. À l’opposé, les lacs en zone granitique étaient extrêmement vulnérables à l’acidification. 

En 1985, le gouvernement fédéral et celui de sept provinces de l’Est ont convenu que les pluies acides constituaient un problème, bien qu’à cette époque les effets de ces pluies sur la santé humaine aient encore été largement inconnus.

The environment: what have we learned? (en anglais seulement)

(L'environnement : qu'avons-nous appris?)
Par John A. Livingston
Décembre 1989 – Janvier 1990

Il s’agissait d’un essai du naturaliste canadien presque emblématique John A. Livingston — très connu au Canada anglais car il était la voix des capsules télévisées « La faune de l'arrière-pays » diffusées au cours des années 1960. L’article « The environment: what have we learned? » prenait prétexte du soixantième anniversaire du magazine pour faire une rétrospective des réussites et des échecs de l’histoire naturelle du Canada au cours des six décennies écoulées.

Il traite des « années sales » de la décennie 1930 et il écrit que l’échec des cultures était d’origine humaine. Il discute aussi de la malencontreuse synergie qui se produit lorsque des événements d’origine humaine et d’autres d’origine naturelle, comme une sécheresse et de mauvaises pratiques agricoles, coïncident et sont sources de catastrophes.

Selon Livingston, Rachel Carson, l’auteur de Silent Spring (Printemps silencieux) publié au début des années 1960, a inventé la défense de l’environnement, notamment parce que son argumentation était fondée sur l’écosystème plutôt que sur ses éléments. Il traite aussi du film Deadly Dilemma de l’Office national du film qui s’intéresse à l’utilisation des pesticides en 1961, et d’un épisode de The Nature of Things qui met l’accent sur l’utilisation du DDT pour contrer le petit scolyte européen de l’orme importé au pays.

Bien qu’il ne décerne pas de médaille d’or au pays, il reconnait néanmoins l’existence de certains tournants décisifs, comme la plus ambitieuse évaluation des incidences environnementales de la période : la Commission Berger du milieu des années 1970 qui a examiné le projet de construction d’un pipeline dans la vallée du Mackenzie et ses incidences sur la population et l’environnement du Nord. Cette commission a été un précurseur tant par son ouverture que par son examen critique de la relation entre l'extraction des ressources et les personnes qui seraient touchées par cette activité industrielle.

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