Retour à la nature - La faune canadienne et l’évolution des mentalités
Des abeilles s'affairent dans une ruche.

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Tout au long de l’histoire de la terre, des espèces se sont déplacées en fonction des possibilités offertes par l’environnement ou pour assurer leur survie. Ce processus se poursuit toujours et perturbe souvent l’équilibre écologique de lieux auxquels nous tenons. Il arrive même souvent que nous soyons la cause de telles invasions en introduisant une espèce dans le but de résoudre un problème causé par une autre espèce présente sur notre territoire. Par ailleurs, des organismes peuvent tout simplement se déplacer vers une région voisine lorsque leur habitat devient moins intéressant. Quelle que soit la raison, l’arrivée d’espèces exotiques est rarement une bonne nouvelle pour les espèces déjà présentes.

Effets des espèces exotiques sur les espèces locales

La lamproie marine – un véritable parasite assoiffé de sang – compte parmi les fléaux les plus notoires des Grands Lacs. Introduit par la construction des premiers canaux au XIXe siècle, cet envahisseur peut tuer au cours de sa vie des poissons représentant un poids total de dix à vingt kilogrammes. À mesure qu’elle a envahi les lacs, la lamproie a détruit des pêches reposant sur des espèces locales. Ce problème perdure, et le Canada ainsi que les États-Unis continuent de consacrer chaque année des millions de dollars à des méthodes de lutte contre la lamproie.

La lamproie marine occupe la première place d’une longue liste d’intrus au sein de la faune canadienne. On compte comme autres intrus l’abeille domestique, la moule zébrée et le dendroctone du pin. Les deux premiers ont été importés : l’abeille domestique par les colons européens pour la production de miel, et la moule zébrée sous la forme d’un passager clandestin sur les bateaux atteignant les Grands Lacs. Le dendroctone du pin est une espèce indigène de la Colombie-Britannique, mais sa propagation dévastatrice dans les forêts de la province et son débordement à l’extérieur l’ont fait qualifier par les scientifiques de la pire infestation de toute l’histoire de l’Amérique du Nord.

Quant à l’abeille domestique, elle a meilleure réputation. Elle joue un rôle extrêmement important dans la production alimentaire, et la chute mystérieuse de sa population au cours des dernières décennies a inquiété de nombreux scientifiques et agriculteurs. Entre-temps, on tolère la moule zébrée, car les diverses méthodes de lutte utilisées – comme la vidange des ballasts des navires en pleine mer – n’ont pas donné de résultats très impressionnants. Quant au dendroctone du pin, qui continue à infester les peuplements de pin tordu de l’ouest, les scientifiques tentent d’en apprendre plus en étudiant les vestiges laissés dans le sillage de ce petit insecte.

Les espèces de notre présentation qui sont fortement touchées par des espèces exotiques (bien que la plupart des organismes subissent certains effets découlant de l’arrivée d’un intrus) sont le merlebleu de l’Est et le saumon du Pacifique. Le merlebleu était en grande difficulté au cours des années 1950, perdant de son habitat au profit du moineau domestique importé par les colons anglais comme animal de compagnie, avant que des naturalistes dévoués ne le sauvent d’une disparition imminente. L’habitat du saumon du Pacifique continue de subir des contraintes de nombreuses sources, comme l’exploitation forestière, l’empiètement par les humains et les poissons échappés des installations d’élevage qui leur font concurrence pour la nourriture ou leur transmettent des maladies. Chaque fois qu’une espèce locale réussit tout juste à se maintenir en dépit de la perte d’habitat, de changements climatiques ou de l’urbanisation, l’arrivée soudaine d’une espèce exotique dans le décor sonne souvent le glas de l’espèce locale.

Rétrospective du Canadian Geographic

Learning to live with zebra mussels (en anglais seulement)

(Il faudra cohabiter avec la moule zébrée)
Section Geo-Watch du magazine
Mai - juin 1992

La propagation croissante de la moule zébrée dans les Grands Lacs a fait l’objet de l’article intitulé « Learning to live with zebra mussels », paru dans la section « Geo-watch » du numéro de mai-juin 1992. À cette époque, on enregistrait dans certains secteurs les plus importantes concentrations au monde de cette moule opportuniste.

Décrite dans l’article comme un bivalve opportuniste ayant pour origine la mer Noire, la moule zébrée a été introduite dans les lacs Ontario et Érié au cours des années 1980 à partir des eaux de ballast de navires étrangers. Ce mollusque a trouvé des conditions de vie idéales au Canada et il a récemment atteint le lac Supérieur, le fleuve Saint-Laurent, aussi à l’est que Québec, et même le lac Muskoka, dans la zone de villégiature du sud de l’Ontario.

L’extrémité ouest du lac Érié est décrite dans l’article comme un « tapis » de moules zébrées, car on en dénombrait jusqu’à 350 000 au mètre carré. La concentration habituelle en Europe est de 5 000 au mètre carré. On s’attend cependant à ce que cette population du lac Érié s’amenuise considérablement à mesure que la nourriture disponible se fera rare.

Une étude financée par le gouvernement fédéral et réalisée par des scientifiques de l’Université de Toronto en 1991 a permis d’évaluer les mesures de prévention actuellement utilisées, à savoir le remplacement en pleine mer de l’eau douce présente dans les ballasts par de l’eau de mer afin de retirer ou de tuer les organismes des navires se dirigeant vers la Voie maritime. L’étude a montré que même après le respect de cette vidange volontaire, 33 pour 100 des navires abritaient encore des organismes pouvant vivre dans les Grands Lacs.

Les quelques moyens dont nous disposons pour détruire ces moules sont le rayonnement ultraviolet, des produits chimiques et des organismes pathogènes. Mais comme aucun n’est sécuritaire ou efficace, l’auteur conclut qu’il nous faudra donc apprendre à cohabiter avec elles.

Terms of endangerment (en anglais seulement)

(La définition du danger)
Par Don Gayton
Mai – juin 1997

L’auteur Don Gayton utilise des photographies remarquables, en couleur ou de teinte sépia, et une profusion de cartes pour présenter son point de vue, à savoir que pour sauver des espèces il faut d’abord leur préserver de l’espace.

En débutant par la triste histoire du pigeon voyageur maintenant disparu, Gayton écrit sur un ton monotone et de mauvais augure qu’il ne s’agissait pas de la première extinction d’une espèce sur la terre et qu’elle ne serait pas la dernière non plus. Il souligne cependant sur une note plus optimiste que les descendants de ceux à l’origine de la disparition de cet oiseau ont fait des efforts considérables pour sauver la chevêche des terriers, mal connue, sans valeur économique et à l’allure quelque peu comique.

À partir de ces deux cas opposés, Gayton détermine que notre attitude instinctive à l’égard des autres espèces semble osciller entre l’indifférence et l’antipathie. Il signale que, selon les économistes, le marché peut donner une valeur utilitaire assez exacte à chaque espèce, mais qu’heureusement nous commençons à attribuer des valeurs sociales non commerciales à des espèces dont la valeur économique ne serait pas très grande.

En disséquant littéralement le mouvement de défense des espèces en danger, il en met en lumière des lacunes apparentes, comme la dépendance envers les levées de fonds. La réussite de ces levées dépend souvent de la beauté de l'espèce ou de l’attrait qu'elle exerce. Il met en lumière un très important problème ignoré, à savoir notre absence de sensibilisation à l’égard de la menace que posent les espèces introduites. Prenant la moule zébrée à titre d’exemple notoire, il souligne que l’on retrouve dans pratiquement chaque région du pays une plante, un insecte, un invertébré marin, un poisson, un oiseau ou un petit mammifère introduit qui déplace activement une espèce rare ou en danger.

Il conclut que le meilleur du mouvement de préservation des espèces en danger se présente sous la forme de la participation individuelle des citoyens, de la collecte de données biologiques de base, de l’appui obtenu de divers secteurs de la société et de l’accent mis sur l’habitat plutôt que sur l’espèce.

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