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Prix canadiens de l’environnement
Prix Idées pour la vieMC 2008

Edward Burtynsky


« Au rythme où nous consommons, j’ai le sentiment qu’on aura bientôt tout épuisé, que ça se produira de mon vivant. »
PHOTO : TIMOTHY GREENFIELD-SAUNDERS
 
À l’âge de sept ans, Edward Burtynsky visita l’usine de moteurs où son père travaillait à St. Catharines, Ontario. De ce premier contact avec la réalité industrielle, il conserve encore aujourd’hui un vif souvenir du curieux mélange du familier et de l’étrange : des hommes en combinaisons thermorésistantes argentées manipulant des lingots d’acier en fusion avec de longues perches de fer. « La plupart de nos voisins, qui étaient Canadiens de première génération, travaillaient là aussi, raconte-t-il. Je n’oublierai jamais cette image. Elle a fait germer quelque chose dans mon esprit. »

Enfant d’une famille d’immigrants dans une ville ouvrière, Burtynsky grandit dans une imagerie industrielle. Lorsqu’il reçut son premier appareil photo à l’âge de 11 ans, le jeune photographe s’intéressa aussitôt aux éléments dominants du paysage local : les usines désaffectées et leur environnement. « Ces machines et ces lieux à l’abandon en disaient long sur le passé, se souvient-il. Je ne savais pas ce que je cherchais à exprimer au début. Mais quand j’y repense, ce décor offrait à mes yeux un mélange d’insolite et de bizarre teinté de mélancolie. J’y voyais les vestiges d’un passé révolu. »

Aujourd’hui, Edward Burtynsky est l’un des photographes canadiens les plus avant-gardistes et les plus en vue. Auteur de trois livres, il est en outre un conférencier chevronné, et ses œuvres ont paru dans des dizaines de magazines. Titulaire de trois doctorats honorifiques et Officier de l’Ordre du Canada, Burtynksy s’est aussi vu décerner le prestigieux prix TED (Technology, Entertainment, Design) en 2005. Comme artiste, il est réputé mondialement pour ses imposantes représentations photographiques de paysages industriels (carrières, parcs à résidus miniers, cimetières d’autos, dépotoirs, parcs de recyclage, etc.) qui révèlent la beauté insolite d’environnements dégradés et font réfléchir aux ravages de l’activité humaine sur la nature.

En 1982, Burtynsky termine ses études en arts photographiques à l’Université Ryerson, et même s’il a toujours « joué avec la forme et le fond », son éducation formelle influencera largement son esprit critique, sa technique et son sens de la photographie historique. « Je trouve intéressant qu’à 23 ans, j’essayais de prendre des images dont la forme et le fond plairaient à tout le monde », raconte-t-il. Au début des années 80, ses premières expositions publiques présentaient des paysages intouchés. Ce prélude obligé découlait de son amour de la nature et de ses weekends de camping dans le parc provincial Algonquin. « Je n’aurais jamais pu continuer si je n’avais pas eu un sens profond de la nature, explique-t-il. Ça reste encore une grande partie de moi. La nature est un point de référence par rapport à notre mode de vie. Elle me dit : “Voici comment c’était avant nous”. »

Mais Burtynsky prend bientôt conscience que l’activité humaine a des effets indélébiles sur l’environnement… et que le tableau n’avait pas encore trouvé preneur. « Personne ne s’était encore intéressé à la chose, raconte-t-il. Du coup je me suis demandé ce qui nous permettrait d’interpréter le monde d’un nouvel œil. » Et quoi de mieux que la photographie pour rendre compte de l’évolution du monde? « Il n’y a rien de plus réaliste qu’une photo; c’est une reproduction de la réalité dans les moindres détails. Ces détails sont figés, et vous pouvez ensuite les examiner, les analyser et les décortiquer. »

Contrairement au photographe de presse, dont le travail et l’agenda sont dictés par l’actualité mondiale et les heures de tombée, Burtynsky prend le temps d’étudier son sujet en profondeur, qu’il s’agisse d’une mine ou d’un parc de recyclage. Cela lui permet d’acquérir une connaissance intime du sujet, de son histoire, de sa raison d’être et de son caractère pour en arriver à en capter l’essence dans ce qu’elle a de plus beau et de plus inquiétant. « Les paysages résiduels sont très évocateurs, explique-t-il. On se sert et on laisse les résidus derrière. On prend ce qui est valorisable, et les vides qui subsistent sont très révélateurs. »

Dans les photos de Burtynsky, ces « vides » brillent par leur démesure : carrières de granite monstrueuses; résidus miniers aux couleurs vives s’écoulant comme des rivières de lave; montagnes de ballots de déchets et de matières recyclables; pentes de ski artificielles à Dubai; salles de montage disproportionnées en Chine. Ces images à faire frissonner nous font prendre conscience de la position intenable que nous occupons… et de ce qui nous attend. « Les ressources de la planète ne sont pas illimitées, observe-t-il. Au début, je croyais qu’il nous en restait pour deux siècles. Mais au rythme où nous consommons, j’ai le sentiment qu’on aura bientôt tout épuisé, que ça se produira de mon vivant. »

Au bout du compte, les photos d’Edward Burtynksy nous rendent nostalgiques d’un temps peut-être révolu. « La nature nous procure un sentiment de continuité beaucoup moins passager que chacune de nos 80 et quelques années de vie, conclutil. Toute mon œuvre porte un regard triste sur la dégradation de la nature aux mains de l’homme. »

À propos du Prix Idées pour la vieMC

Le Prix Idées pour la vieMC est commandité par Panasonic Canada inc.





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