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Prix canadiens de l’environnement
Plan d'action communautaire
APPEL À L'ACTION
Le Canada évoque l'image d'une contrée belle et sauvage. Mais dans
un rapport paru il y a deux ans (Canada vs. The OECD: An Environmental
Comparison), le chercheur David R. Boyd de l'Université de Victoria
dresse un tout autre bilan de la situation. Avocat, auteur et associé principal
de la Chaire d'éco-recherche en droit et en politique environnementale
de cette université, M. Boyd voulait rétablir les faits. Il a ramené le
discours hautement polarisé sur l'environnement à un portrait tranché
et saisissant qui résume la conduite du Canada par rapport aux 28 autres
pays membres de l'Organisation de coopération et de développement
économiques (OCDE).
À partir des données de l'OCDE, M. Boyd a analysé dix catégories
– pollution de l'air, consommation énergétique, déchets, agriculture,
changements climatiques, eau, etc. – et établi notre classement par
rapport à 25 grands indicateurs environnementaux. Les résultats sont
accablants : dans tous les cas, le Canada ne se classe jamais parmi les
trois meilleurs pays. De fait, dans 9 cas sur 25, nous sommes parmi les
trois pires. Nos plus piètres résultats apparaissent dans des secteurs hautement
névralgiques, comme les changements climatiques et la consommation
d'eau. Et pour clouer le bec des non-interventionnistes, le rapport
dégage un constat choc : les niveaux de pollution et de dégradation environnementale
en sol canadien atteignent des sommets disproportionnés
compte tenu de notre niveau de productivité. Il qualifie donc l'économie
canadienne d'«inefficace». Dans l'ensemble, le Canada arrive au 28e rang
sur 29.
Voilà les faits.
L'INSOUCIANCE CANADIENNE
Le rapport Boyd (www.environmentalindicators.com) nous porte un
dur coup. Nous adorons notre pays et, à ce qu'il paraît, nous ne sommes
pas les seuls. De fait, le Canada est considéré comme l'un des meilleurs
pays au monde pour sa qualité de vie. Mais notre bilan environnemental
donne à penser non seulement que nous abandonnons le flambeau que
nous devrions passer aux générations futures, mais encore que nous perdons
haleine à l'approche du dernier droit.
Les Canadiens, semble-t-il, sont de gros consommateurs; parmi les
plus acharnés au monde. «Les scientifiques, lit-on dans le rapport Boyd,
estiment que si tous les habitants de la Terre consommaient autant que
le Canadien moyen, il nous faudrait trois autres planètes pour fournir les
ressources et absorber la pollution.»
Aïe !
REVIREMENT DURABLE
Collectivement, les Canadiens consomment sans ménagement et sans
guère montrer de signes d'essoufflement. Mais en adoptant le principe
du développement durable, les Canadiens peuvent consommer sans
compromettre leurs aires naturelles. Lorsqu'elle présidait la Commission
mondiale sur l'environnement et le développement en 1983, Gro Harlem
Brundtland a poussé le terme «développement durable» sur la scène
politique mondiale par son rapport Notre avenir à tous. Vingt-et-une
années ont passé depuis, et il est plus que temps que le Canada intensifie
ses efforts et, pour reprendre l'expression célèbre de Maurice Strong,
se mette à «développer sans détruire».
Le développement durable est un style de vie adapté au contexte
actuel. Une société tournée vers le développement durable se préoccupe
de la pérennité de ses ressources, autant ses forêts que ses espèces
marines ou ses ressources énergétiques. Le développement durable,
c'est une manière de vivre en harmonie avec le territoire sans dégrader
les écosystèmes complexes dont nous sommes tributaires. C'est une
stratégie de développement nuancée et réfléchie qui nous amène à considérer
tous les facteurs qui influencent notre bien-être, notre santé, nos
économies et nos conditions sociales.
Il ne s'agit pas de faire moins avec moins. Il s'agit de faire davantage,
mais intelligemment. Le développement durable nous appelle à employer
notre ingéniosité à élaborer des stratégies et des technologies qui produiront
les résultats attendus sans compromettre nos valeurs humaines et
nos ressources naturelles. Il nous tient responsable de notre impact sur
l'environnement d'où nous tirons notre subsistance. Il nous impose des
normes beaucoup plus rigoureuses que nous pouvons toutefois appliquer
sans peine. Comme l'a souligné Mme Brundtland dans un discours livré à l'Organisation mondiale de la santé en 2002 : «Notre avenir à tous fut un
succès parce qu'il a convaincu le plus grand nombre que le développement
durable s'attachait d'abord aux gens. Le développement durable
veut améliorer la vie des gens. Il veut réduire la pauvreté et assurer la
prospérité. Autrement dit, croissance économique et développement
durable peuvent aller de pair.»
UNE NOUVELLE VISION POUR LE CANADA
Après toutes ces années à parler de développement durable, il est temps
de traduire le concept en gestes concrets. Les Prix canadiens de l'environnement
encouragent l'action communautaire. Ils incitent les gens à agir,
non pas à attendre que quelqu'un d'autre prenne l'initiative. Dans les
Plans d'action communautaire qui suivent chacune de nos catégories,
nous proposons des mesures essentielles pour amorcer le virage. Elles
n'exigent pas de grands sacrifices. Elles ne sollicitent pas la Terre encore
davantage, au contraire. Changer nos habitudes – notre consommation
énergétique, notre production de déchets – jette les bases d'un mouvement
collectif en faveur d'un véritable changement.
Les Canadiens ordinaires ne participent peut-être pas aux sommets
gouvernementaux ou aux séances de planification stratégique des entreprises,
mais en tant que consommateurs, nous avons le pouvoir de
façonner le marché et d'influencer les pratiques et les politiques environnementales.
«Les individus peuvent changer les choses, affirme M. Boyd,
qui a signé récemment La durabilité en une génération : une nouvelle
vision pour le Canada pour le compte de la Fondation
David Suzuki. C'est pourquoi le Canada
a adopté la Loi sur les espèces en péril en 2002; parce que des dizaines
de milliers de Canadiens l'attendaient depuis longtemps. C'est pourquoi
le dernier budget fédéral prévoit quatre milliards pour l'assainissement
de sites contaminés; parce que les gens se sont exprimés et que le
gouvernement les a entendus.»
Notre environnement s'est montré indulgent. Depuis des générations,
il nous protège des conséquences et des dangers de nos propres
excès. À nous maintenant de faire notre part. «Il est bon de savoir, observe
M. Boyd, qu'en bâtissant un avenir durable, nous améliorerons non
seulement notre qualité de vie, mais aussi celle de nos enfants. N'y a-t-il
pas plus bel héritage?»
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