HURON—WENDAT
Le nom de Huron, qu’on voit un peu partout le long de l’écotour, a été donné par les Français aux commerçants et voyageurs autochtones de la baie Georgienne en raison de leur style de coiffure. Il signifie tête de sanglier, ou encore voyou dans la langue populaire. Ces Autochtones utilisaient eux-mêmes le terme « Wendat » pour désigner leur peuple, lequel signifie « insulaire » ou « habitant de la pénin-sule ». Le terme Wendat ne désignait pas une tribu, mais une confédération composée de quatre tribus.
Imaginez la scène. Une journée d’automne de 1623, des voyageurs wendats remontent la rivière St. Marys dans leurs canots d’écorce chargés de maïs. Des Outaouais (Odawas, Ottawas) les accompagnent, ainsi que deux Français, étienne Brûlé et Grenole (Grenoble), qui vivent parmi leur nation. Demain ces marchands de denrées agricoles de la baie Georgienne atteindront leur destination, les ra-pides de Sault Ste. Marie où ils feront du troc avec les Ojibwas (Chippewas), échangeant leur maïs contre du poisson séché, de la viande et des fourrures. Les explorateurs français exaltés s’approchent de la légendaire mer de l’Ouest (le lac Supérieur), premiers Européens à atteindre ce lieu qui restera pour tous un endroit exceptionnel.

Trois cent soixante-dix ans ont passé...

Par une nuit claire de l’hiver canadien 1992, le vaisseau spatial Discovery tourne silencieusement autour de la Terre. L’un des astronautes s’émerveille des formes de la planète qu’il sur-vole et cherche des éléments familiers. Il y a d’abord le lac Supérieur et ses rives qui che-minent vers l’est jusqu’à leur jonction avec le lac Huron. Cet explorateur moderne, Dr. Roberta Bondar, a localisé les rapides de Sault Ste. Marie où elle a habité. Pour elle aussi, ce sera toujours un coin de terre exceptionnel.

Cet écotour, qui longe la rive du lac Huron de Sault Ste. Marie à Midland, décrit les rapides de la rivière St. Marys et beaucoup d’autres lieux historiques qui constituent autant de chapitres importants de l’aventure canadienne. Cette terre a été formée et découpée sur trois milliards d’années — par un magma impétueux, des mers tropicales et des glaciers écrasants — puis, dans un instant d’à peine 9 500 ans, elle a été habitée et transformée par des populations paléoindiennes, des Premières nations, des Métis et des Européens. Avant d’entreprendre le voyage le long de cet écotour, transportez-vous en imagination dans le vaisseau Discovery et voyez le déroulement de ces trois milliards d’années qui se cachent derrière le littoral du lac Huron.

Imaginez, à l’époque reculée de l’Archéon, une planète étrange couverte par les océans. Les premières roches se forment à peine, tandis que des volcans et des vagues de magma crachent de la lave sur les mers et en profondeur. L’Ontario — l’Amérique du Nord — commence à se former avec ces roches primitives, connues sous le nom de « province du lac Supérieur », premier élément du grand Bouclier précambrien. Les plaques continentales nouvellement formées sont minces et se déplacent à la surface de la Terre beaucoup plus rapidement que les continents d’aujourd’hui. Quand ces jeunes plaques s’entrechoquent, d’immenses boules de magma surgissent du cœur de la Terre, et elles forment en se refroidissant des batholithes géants, ces pans de granit si caractéristiques du nord de l’Ontario. Il n’y a pas de végétation, l’air est irrespirable et la couche d’ozone est absente. Seules des algues minuscules et des bactéries sont présentes dans les mers.

Puis, il y a 2,5 milliards d’années, la seconde partie du Bouclier commence à se former, la « province du Sud ». Cette partie du Bouclier est traversée par la route transcanadienne et l’itinéraire de cet écotour entre Sault Ste. Marie et Sudbury. La formation de la province du Sud commence par l’érosion des roches de l’ancienne province du lac Supérieur, suivie par la grande collision des plaques tectoniques qui a fait surgir les collines Pénokéennes au nord du lac Huron. Il en reste des vestiges, dont les sommets blanchâtres des monts La Cloche, sujet favori des artistes du Groupe des Sept. Enfin, un autre grand bouleversement a secoué la province, il y a 1,1 milliard d’années : l’Amérique du Nord tenta de s’écarteler, provoquant la formation de la fosse médiocontinentale. Cette fosse est graduellement comblée par des sédiments et de la lave qui transforment de nouveau le paysage.

La troisième et la plus jeune des provinces du Bouclier, la « province de Grenville », est parcourue de nos jours par la route transcanadienne juste au sud de Sudbury et jusqu’à la limite sud du Bouclier près de Port Severn. La province de Grenville est constituée de plusieurs pièces de terres volcaniques violemment poussées contre les deux provinces déjà en place. Les roches de Grenville sont chauffées, écrasées, étirées et tordues, enfin transformées en formations métamorphiques.

Avec la mise en place des trois provinces rocheuses, 1,75 à 1,0 milliard d’années avant notre époque, le grand Bouclier précambrien prend forme. Avec le temps, un nouvel anneau rocheux, le bassin de Michigan, s’installe juste au sud du Bouclier. Ce sont les plus jeunes roches qu’on apercevra dans cet écotour — vieilles de 570 à 360 millions d’années —, et elles ont été déposées sous forme de sédiments dans des mers très semblables à celle des Caraïbes d’aujourd’hui. C’était une ère riche en oxygène favorisant la multiplication d’organismes minuscules confinés à la mer dont les restes sont à l’origine d’une bonne partie des calcaires fossiles du bassin de Michigan.

Commence ensuite une période froide au cours de laquelle la glace et la neige s’accumulent, où les glaciers s’avancent depuis les pôles Nord et Sud. C’est la grande période glaciaire, dont la plus récente glaciation, la Wisconsinienne, commencée il y a 115 000 ans, s’est retirée il y a à peine 10 000 ans. Le parcours de cet écotour est partout marqué par les séquelles de l’avance et du retrait des glaciers, y compris la création très récente des Grands Lacs.

Cet écotour est très riche en biodiversité et présente de nombreuses espèces rares ainsi que des habitats remarquables, des feuillus du sud jusqu’aux forêts boréales. La région abrite également certains des plus anciens sites archéologiques du Canada, comme celui des populations paléoindiennes de Sheguiandah, dans l’île Manitoulin, qui remonte à 9 500 ans. Certaines parties de cet écotour sont devenues le centre culturel des Ojibwas (ou Chippewas) et des Outaouais (ou Odawas) de langue algon-quienne, mais, dans les années 1 400 de notre ère, les Wendats de langue iroquoienne sont venus s’installer dans la baie Georgienne.

Le premier Européen à parcourir les chemins de cet écotour a été étienne Brûlé, âgé de 18 ans et envoyé par Samuel de Champlain en 1610 pour apprendre la langue algonquienne avec un chef, Iroquet. Mais Brûlé vécut finalement non avec les Algonquins, mais avec les Wendats de la baie Georgienne, apprenant rapidement leur langue. Samuel de Champlain et le père Le Caron, un missionnaire récollet, ont visité les Wendats en 1615, et dès l’année suivante une alliance a été formée. Le commerce des fourrures devait vite devenir le pilier économique des colonies européennes et, dans les 200 années qui suivirent, une importante source de conflit humain.

Dominée d’abord par les Français, plus tard par les Anglais, la traite des fourrures a favorisé la colonisation de la région à partir de la fin des années 1700, et l’essor de l’agriculture, de la foresterie, de la pêche et des mines. Cette période a provoqué la dévastation des forêts de pins, une grave pollution des Grands Lacs d’aval, le déclin des stocks de poisson ainsi qu’une perte d’habitats naturels et d’espèces. Cet écotour nous rappelle les dévastations du passé, mais aussi la restauration des écosystèmes et les efforts pour améliorer et protéger l’environnement naturel et vivre en harmonie avec lui. Depuis les années 1960, la sensibilisation aux réali-tés écologiques s’accroît, et la réhabilitation de l’écosystème des Grands Lacs est sur la bonne voie. Mais il reste beaucoup à faire. L’itinéraire de cet écotour emprunte, le long du lac Huron, le circuit du Littoral du patrimoine des Grands Lacs (programme du Patrimoine vital de l’Ontario) qui s’étend de Port Severn, sur la baie Georgienne, à Pigeon River, ville frontière située au sud de Thunder Bay. Le gouvernement de l’Ontario protège les richesses du littoral des lacs Huron et Supérieur — les paysages grandioses et sauvages et l’histoire culturelle — au profit des Ontariens de demain et des nombreux visiteurs.